LA DÉCONSTRUCTION DES HOMMES. UNE FAUSSE BONNE IDÉE

LA DÉCONSTRUCTION DES HOMMES. UNE FAUSSE BONNE IDÉE

« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »[1]

Hélène Vecchiali est psychanalyste de formation. Aujourd’hui, coach pour de hauts dirigeants, elle est également l’auteure de plusieurs ouvrages qui s’attachent à la figure de la victime. Se délier d’un mal qui, insidieusement, prend possession de la bouche comme élément corporel, mais aussi du cœur, de l’esprit.

La déconstruction des hommes. Une fausse bonne idée. Derrière ce titre, faussement provocateur, l’auteure tente de démêler ce qui nous amène aujourd’hui à vouloir déconstruire les hommes, si tant est qu’ils soient construits, précise-t-elle. En donnant de nombreuses clefs pour atteindre sa déconstruction, l’homme volontaire pourra ainsi s’en saisir pour devenir un être meilleur et participer, à son niveau, à changer la phase du monde.

L’homme est, dans cet essai, une figure généralisée telle une espèce à appréhender et viendrait s’opposer à son alter ego féminin. Sujet d’analyse, il est la victime, lui aussi, de son propre schéma patriarcal.

Il est ainsi invité à questionner ses modes de fonctionnement, son corps et sa virilité. En somme, à « cheminer vers une réflexion salutaire »[2] pour enfin devenir cet homme 2.0 : l’homme initié. Il ne s’agit donc pas d’une déconstruction, comme amenée dans le débat public contemporain, mais d’une élévation par le biais d’un questionnement intime.

Afin de conduire le lectorat masculin à saisir toute l’importance de son propos, l’auteure structure son ouvrage de manière didactique. Une première partie s’attarde sur la violence de ce schéma avec quelques rappels élémentaires.

« La misogynie, contrairement à la misandrie, est un système structuré contre les femmes, où, potentiellement, la haine peut apparaître, où la domination et l’oppression sont actives, où l’aboutissement en est un féminicide. En revanche, les hommes, eux, ne sont jamais opprimés, désavantagés, maltraités, soumis, menacés, écartés, violentés, tués du fait de leur genre. »[3]

La deuxième développe la domination du schéma sur l’homme lui-même, en l’introduisant par un sondage qui met en exergue la crainte ressentie du fait de la volonté de se voir déconstruit, de voir sa virilité mise à mal, autrement dit de devoir se féminiser ; la virilité étant une construction culturelle répondant à des codes bien établis de nos sociétés, tout comme peut l’être la féminité.

« Cette notion de « féminisation » des hommes dans le contexte de déconstruction des rôles traditionnels est très complexe. Elle soulève des enjeux culturels, sociaux et psychologiques importants. Il peut simplement s’agir de ressentir enfin des émotions nouvelles, comme adopter des comportements connotés comme strictement féminins. Ainsi, certains hommes s’ouvrent à l’empathie, à la compassion, à la sensibilité, à l’expression de leurs émotions et à leur vulnérabilité. »[4]

Par conséquent, si la déconstruction passe par une acceptation de ses émotions profondes et par l’écoute, alors les enjeux principaux s’opèrent dès l’enfance et forment la troisième partie de l’ouvrage.

N’a-t-on jamais entendu à l’école, au parc ou dans la rue « Soit un homme, un vrai ! », sous-entendu « ne pleure pas, n’aie pas peur, n’aie pas mal » ? N’a-t-on jamais entendu « ce jouet n’est pas pour toi » ou « tu ne te déguiseras pas en papillon, c’est pour les filles ! » ? comme s’il n’existait dans la nature que des papillons-femelles mais la grâce et les manières de l’insecte évoquent davantage la légèreté octroyée aux filles que le courage des valeureux chevaliers auquel les garçons doivent se conformer. De fait, un certain nombre d’effets s’opèrent dès les premiers âges ; périodes lors desquelles sont inculqués les codes et les valeurs qu’il faudra faire siennes et qui façonneront les hommes et les femmes de demain.

Par ce biais, l’auteure rappelle que les hommes d’aujourd’hui ont été les petits garçons de leurs parents ; eux-mêmes pris comme modèles, durant la phase d’imitation de l’enfant, comme repères essentiels dans la construction de ses représentations.

« Les émotions comme la peur et l’anxiété sont à réprimer. En revanche, la colère et l’agressivité sont, elles, justifiées. Ainsi, les enfants correspondront aux stéréotypes de puissance, de domination, au détriment de l’authenticité et même de leur bien-être. »[5]

Il s’avère alors logique, une fois ces facteurs intégrés, que l’enfant, devenu adulte, enrichisse son vocabulaire masculin avec des mots tels qu’autorité, force, compétitivité, statut social, pouvoir, etc., tandis que la jeune fille devient la mère tendre, douce, délicate et docile, etc. En bref, une princesse rêvant de robes à paillettes et d’allaitement.

Hélène Vecchiali invite alors les parents à repenser leurs méthodes éducatives afin de rompre avec cette binarité qui incite à un rapport de force, à favoriser une relation bourreau/victime.

L’intérêt de cet ouvrage réside dans cette dernière partie qui ne s’adresse plus uniquement aux hommes volontaires, mais à l’ensemble des individus qui composent les sociétés en les invitant à effectuer les meurtres symboliques nécessaires. C’est-à-dire : tuer la mère dans ce que la relation peut avoir d’œdipien, casser le lien charnel que le garçon développe naturellement avec la figure maternelle qui incarne le premier corps féminin avec lequel il fut en contact ; ce premier amour inégalable avec une personne du sexe opposé. Tuer le père, qui, par ailleurs, est le premier individu à s’imposer entre l’enfant et sa mère en coupant le lien viscéral qu’est le cordon ombilical et qui marque une première rupture, une première cicatrice, dans ce qu’il incarne d’autorité établie.

Ces meurtres symboliques, qu’il faut penser comme des rites initiatiques, permettent à l’enfant de se libérer de la structure dominante et de devenir un être libre dans ses actes et dans ses pensées. Sans ce rite de passage, il n’y a pas « cette capacité à penser par soi-même et à résister à la pression d’un groupe, l’être humain est souvent incapable de s’exclure du troupeau. Il reste prisonnier du conformisme. Être un homme initié permet de se libérer individuellement des figures d’autorité, mais encore, collectivement, d’entrer dans un processus d’individualisation, cher à Carl Jung »[6].

De plus, un rapport très fort au corps parsème le livre, puisque ce modèle patriarcal le possède en lui dictant une manière de se mouvoir, de l’habiter, de le développer et de le mettre en scène. Toujours dans cette opposition homme/femme, car, dans ce schéma, ce serait dans l’opposition que naîtrait la complémentarité. Des rôles définis pour chacun.

En somme, Hélène Vecchiali propose aux lecteurs volontaires une réflexion, étayée de témoignages, de confidences, de références littéraires, cinématographiques et philosophiques, non pas uniquement sur l’homme, mais sur la nature de notre système. Elle n’invite pas à un déraillement de la machine qui inclue la chute des hommes, mais à repenser le sens de rotation afin de faire émerger une élévation de ces derniers qui engendrerait une harmonie faite de libertés.

 

Hélène VECCHIALI, La déconstruction des hommes. Une fausse bonne idée, Éditions Guy Trédaniel. 224 pages. 19,90 €.

Parution : 28 août 2025

 

© DAVID VALENTIN

[1] 45 Dans Le Jour du Seigneur.  Hélène Vecchiali Parole Inattendue. Février 2025.  2’27 min

[2] VECCHIALI, Hélène. La déconstruction des hommes. Une fausse bonne idée. Éditions Guy Trédaniel. Page 88

[3] Ibid. Page 46

[4] Ibid. Page 77

[5] Ibid. Page 58

[6] Ibid. Page 169

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