AMAZONE D’OUTRE-MONDE ENTRE LA MORT ET L’EXTASE

Y a-t-il un rivage

où le temps se souvient des disparus,

des existences piétinées,

des rivières 
asséchées,

par la folie humaine ?

L’écriture sera sauvage, instinctive. C’est écrit dans le regard de cette femme accompagnée d’un cheval et d’un loup, elle part à la conquête de sa liberté avec force et sagesse. Dès la couverture, elle nous guide dans les catacombes de notre inhumaine condition, en déchirant le réel, là où se trouvent toute la dimension sacrée du vivant, et dans cette prose poétique, tout le souffle de sa résurrection.

La typographie aérée met en lumière le grand lyrisme de ces lignes, le souffle de l’esprit, imprimés sur les reliefs d’un papier vergé aux silences tactiles.

« Le parcours atypique de Parme Ceriset, médecin sauvée par une greffe des poumons il y a seize ans, l’a rendue particulièrement attentive aux souffrances du monde et à la condition humaine. »[1] 
Parme Ceriset considère la poésie comme un chant de liberté et d’amour, un acte de résistance
 contre le non-sens et la mort.

Ainsi naît l’amazone en temps de guerre.
 Un combat à la fois personnel et universel, mené à la pointe d’une plume prodigieuse, à la conquête de sa résilience.
 Quand l’Archer descend d’un ciel incandescent et décoche ses flèches, blessant la chair en nous 
laissant pour gisant, telle la « dormeuse d’un autre val », sous le regard d’un Thanatos avide de voir s’enfuir la vie de ses yeux noirs, l’amazone se relève et n’abdique jamais. Elle suture, masse, insuffle. 
Elle sauve tout ce qui peut l’être,
 cautérise les plaies à l’absinthe et
 panse à l’eau-de-vie les blessures de l’existence.
 Elle élague peu à peu les ténèbres, déjoue les pièges des cavaliers d’une apocalypse batailleuse,
 provoquée et subie par l’Homme. Nulle liberté sans combat ! Et dans ses colères, salvatrices, la nature se révèle être une amie sûre et sans compromission.
 La plume rougeoie d’un feu intérieur, l’amazone écrit avec son sang.

Entre ces lignes, il fait un temps de fin des temps dont les constellations d’espoirs luisent. Cet
espace offre à l’amazone le pouvoir de l’archère invincible. C’est l’étreinte de l’ombre et de la lumière, de ce qui gît autant que de ce qui vit.

Traverser l’apocalypse faisant de nos corps de simples pantins et autant d’existences évaporées dans des cerveaux éteints, soudainement rallumés par le feu du désir.

Nous sommes des nuits ardentes, immémoriales,

Nous sommes des météores et de tous continents,

unies dans une seule chair, un seul sang


s’écoulant de flamme en flamme,

d’être en être.

Cicatrices au vent luisent les étoiles pelées de sa résilience. Au fil des mots, on sent les braises et la sève ardente surgir de sa convalescence et cueillir l’instant fauve, le fruit défendu, l’instant qui sauve dans l’extase. 
Retrouver dans les viscères « la joie des indomptables ». 
Car « la vie est une fête entre deux saignées » dit-elle. L’alchimie d’Éros dans le sang d’Aphrodite. La mythologie dans la fange humaine. L’amour en réponse à l’enfer. La résilience est un long chemin jonché d’épines aux tempes de la conscience.
 On dit que les anges forgent les échardes, une à une, jusqu’à la délivrance. 
Ces « fragiles éphémères aussi insaisissables que les nuages ».
 Quelque chose ouvre « un chemin entre les blés que nul n’avait encore ouvert ». 
Sans clan ni paroisse, 
l’amazone avance avec ses loups, pas à pas sur le chemin de l’inaccessible Graal.

La plume d’une revenante, une plume indocile et vagabonde, d’oiseau libéré ; l’écriture de Parme Ceriset me rappelle à la foudre qui a traversé mon âme avec Alda Merini.
 Il y a des prophétesses tapies dans les contreforts de la lumière. 
Des mots comme révélés au bromure d’argent. L’encre d’un « Outre-monde ».
 Une poésie qui embrasse la souffrance pour en faire un feu sacré.
 C’est tout l’art de transmettre l’expérience terrestre en puisant dans la lymphe de la foi indicible.
 Une plume engagée dans un rêve humaniste, Penthésilée des temps modernes, Parme Ceriset nous élève au-delà des turpitudes de la nature humaine.

Nous sommes de la Terre et du souffle de vie,

[…] soulevées

par les tempêtes et les marées,

debout
 devant l’infini.

 

Parme Ceriset, Amazone d’Outre-monde. Entre la mort et l’extase, 
Tarmac
 éditions, octobre 2025
, 70 pages, 15 €. https://fepemo0.wixsite.com/tarmacachats/amazone-d-outre-monde-de-p-ceriset

 

© LAETITIA ROMERO

[1]Extrait de la présentation du recueil sur le site de l’éditeur : https://fepemo0.wixsite.com/tarmacachats/amazone-d-outre-monde-de-p-ceriset

 

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