LA CHOUETTE A SEPT JOURS POUR SAUVER LE MONDE

LA CHOUETTE A SEPT JOURS POUR SAUVER LE MONDE : ORGANISER LE CHAOS DU RÉEL

 

Dans l’abondante production du genre noir, il est des romans policiers qui ne se contentent pas de nouer une intrigue, de distribuer des indices et d’orchestrer un dénouement ; ils ouvrent dans le récit un espace plus trouble, plus dense, où l’enquête devient aussi une traversée des peurs contemporaines, une exégèse des signes dont une époque peuple son inquiétude. La Chouette a sept jours pour sauver le monde de Mabrouck Rachedi appartient à cette catégorie plus rare de fictions qui, tout en épousant les lois du suspense, les débordent de l’intérieur. Sous la mécanique du thriller affleure ici autre chose : une méditation sourde sur notre rapport au mystère, sur la puissance des symboles, sur cette tentation persistante de chercher dans l’obscurité des formes capables d’organiser le chaos du réel.

 

« Un terroriste français a pris le contrôle de l’arsenal nucléaire mondial et menace de faire exploser la planète. À court de solutions, le gouvernement donne son feu vert pour faire revenir à notre époque le plus grand enquêteur de l’Histoire : Maxence Desjardin, alias “la Chouette”. »

 

Jennifer et Yasmine sont deux visages de femmes dans le roman de l’urgence apocalyptique. En effet, Jennifer Martinelli, scientifique asociale, et Yasmine Rajabali, policière marginalisée, incarnent deux facettes de la féminité contemporaine. Leur alliance avec Desjardin, d’abord forcée, devient le symbole d’une possible réconciliation entre les genres et les époques. Leur force réside dans leur vulnérabilité assumée, une thématique rare dans les polars traditionnels. Jennifer déclare : « Je ne suis pas là pour vous plaire, Desjardin. Je suis là pour sauver le monde. Si vous ne pouvez pas accepter ça, c’est votre problème, pas le mien. » Le présent et l’avenir de l’homme sont les femmes.

Sous la plume de l’auteur, le voyage temporel — un subterfuge scientifique basé sur l’antimatière — n’est pas qu’un ressort narratif, il nous questionne : sur notre rapport au passé (comment le réinterpréter ?), au présent (comment le vivre sans être écrasé par les erreurs historiques ?), et au futur (peut-on vraiment le contrôler à la Orwell ou K. Dick ?)

 

Mabrouck Rachedi réussit ainsi ce que peu de romans policiers accomplissent pleinement : il donne au mystère une résonance qui déborde l’intrigue, il fait du danger une interrogation, du signe une faille, de l’urgence une méditation. Le lecteur n’en sort pas seulement diverti, mais légèrement déplacé, comme si le roman avait modifié, ne serait-ce qu’un instant, sa manière de regarder l’obscurité. Et c’est peut-être là, dans cette persistance d’un trouble presque lumineux, dans cette façon qu’a le texte de continuer à battre à bas bruit après qu’on l’a quitté, que se tient sa réussite la plus précieuse : non pas résoudre entièrement l’ombre, mais lui donner une voix.

 

RACHEDI Mabrouck. La Chouette a sept jours pour sauver le monde. Éditions Actes Sud, 2026, 368 pages, 22 €.

 

https://actes-sud.fr/catalogue/la-chouette-a-sept-jours-pour-sauver-le-020455

 

© HICHAME MAANANE

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