Champs contre-champ
Je rêve de grand air
d’une terre prisée
à l’aune rincée de la nostalgie
mordant le flanc, creusant les rides,
et burinant le cœur serré
du « je » champêtre, déraciné et oublieux,
qui bat le pavé
trépigne en ville et y rumine
loin des sillons, des chants oisifs,
et des ombrages des haies fanées.
Sur les bitumes et les herbages
de mes clairières cerclées d’immeubles
se dessine l’orée
qui s’y ébat en toute quiétude
confondant l’œil
sous l’horizon des chemins tortueux
et des chimères qui s’y effeuillent.
Dans le hors-champ de la masse urbaine
le béton se grime de ces pluies enjouées,
dresse en mirage les lignes d’envie,
et fait de la rue devenue village
une terre d’exode ainsi choyée.
Au creux marbré du leurre échoué
je m’abreuve aux vignes de mon enfance,
soulève l’étoffe des tournesols
dans ce tiers-lieu semé de graviers,
inverse le temps de leur récolte,
chute sans tricycle, sans sablier,
resonge le monde
aux eaux perlées de mes marottes,
et sculpte l’avenir dans la terre meuble
et les méandres des nuits fertiles
berçant l’été proche des forêts.
© Julian Paillassa
