Champs contre-champ

Robert Delaunay, Air, fer et eau, étude 1936

Champs contre-champ

Je rêve de grand air

d’une terre prisée

à l’aune rincée de la nostalgie

mordant le flanc, creusant les rides,

et burinant le cœur serré

du «  je » champêtre, déraciné et oublieux,

qui bat le pavé

trépigne en ville et y rumine

loin des sillons, des chants oisifs,

et des ombrages des haies fanées.


Sur les bitumes et les herbages

de mes clairières cerclées d’immeubles

se dessine l’orée

qui s’y ébat en toute quiétude

confondant l’œil

sous l’horizon des chemins tortueux

et des chimères qui s’y effeuillent.

Dans le hors-champ de la masse urbaine

le béton se grime de ces pluies enjouées,

dresse en mirage les lignes d’envie,

et fait de la rue devenue village

une terre d’exode ainsi choyée.


Au creux marbré du leurre échoué

je m’abreuve aux vignes de mon enfance,

soulève l’étoffe des tournesols

dans ce tiers-lieu semé de graviers,

inverse le temps de leur récolte,

chute sans tricycle, sans sablier,

resonge le monde

aux eaux perlées de mes marottes,

et sculpte l’avenir dans la terre meuble

et les méandres des nuits fertiles

berçant l’été proche des forêts.

© Julian Paillassa

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