Trois nouvelles variations autour de Georges Perec
La collection Perec 53 poursuit son projet singulier : inviter des auteurs contemporains à dialoguer avec l’œuvre de Georges Perec à travers des textes courts de 53 pages. Chaque livre constitue à la fois un hommage, une exploration et une réinvention de son univers. Trois nouveaux titres viennent enrichir cette constellation littéraire : Ce qui passe, passe : voix de Georges Perec de Serena Berlotier, D’Ellis Island de Marcelline Delbecq et Parce que Perec de Kim Nguyen Baraldi.
Trois approches différentes, trois sensibilités, mais une même volonté de faire résonner aujourd’hui l’héritage d’un écrivain majeur.
Dans Ce qui passe, passe : voix de Georges Perec, Serena Berlotier s’attache à ce qui, dans l’œuvre de Perec, continue de circuler entre les textes, les lecteurs et le temps. L’autrice interroge la notion de voix : celle de l’écrivain bien sûr, mais aussi celles qui surgissent à travers les lectures, les souvenirs et les traces laissées par l’écriture. À travers une prose à la fois attentive et méditative, elle explore la persistance de Perec dans notre mémoire littéraire. Le livre se présente comme une traversée sensible de l’œuvre, où l’analyse se mêle à une forme de poésie discrète, attentive aux silences autant qu’aux mots.
Dans Parce que Perec, Kim Nguyen Baraldi adopte une démarche plus directement formelle. Son texte se construit autour d’une anaphore — chaque fragment commençant par « Parce que » — et propose une série de variations qui interrogent l’admiration, la lecture et l’héritage littéraire. À travers ces fragments, l’auteur brosse un portrait indirect de Perec, mais aussi une réflexion sur ce que signifie écrire après lui. L’écriture est vive, rythmée, souvent ludique, fidèle à l’esprit des contraintes et des jeux formels. Loin d’une simple imitation, le texte montre comment cet héritage peut encore produire de nouvelles formes et nourrir une écriture contemporaine.
Avec D’Ellis Island, Marcelline Delbecq se place dans le sillage d’un lieu central pour comprendre l’histoire des migrations et l’imaginaire de l’exil. Ellis Island, porte d’entrée des immigrants aux États-Unis entre la fin du XIXᵉ et le début du XXᵉ siècle, devient ici un espace de mémoire et de projection. L’autrice remonte les traces laissées par les anonymes qui ont traversé ce lieu, tout en dialoguant avec Georges Perec, qui s’y est rendu en 1980 pour interroger les origines et les silences de son histoire familiale. Le texte avance par fragments, mêlant évocation, archive et réflexion. La prose, brève et précise, fait surgir des images et des présences, donnant à ressentir la densité humaine et historique de ce lieu de passage.
Ces trois livres, par leurs tonalités différentes, dessinent un panorama riche de ce que peut être aujourd’hui un dialogue avec Georges Perec. Serena Berlotier explore la persistance d’une voix, Marcelline Delbecq interroge les lieux et les archives de la mémoire, tandis que Kim Nguyen Baraldi réactive la dimension formelle et ludique de l’écriture.
Ensemble, ils confirment la pertinence du projet éditorial de la collection Perec 53 : faire vivre l’œuvre de Perec non pas comme un monument figé, mais comme une source d’inspiration toujours active pour la création contemporaine.
Informations éditoriales
Serena Berlotier, Ce qui passe, passe : voix de Georges Perec, Collection Perec 53, 53 pages, 12 €, parution le 12 mars 2026
Marcelline Delbecq, D’Ellis Island, Collection Perec 53, 53 pages, 12 €, parution le 12 mars 2026
Kim Nguyen Baraldi, Parce que Perec, Collection Perec 53, 53 pages, 12 €, parution le 12 mars 2026
Sophie Carmona
Mars 2025
