L’Hiver de la Vie
On a de vilains mots pour dire la vieillesse,
baderne ou vieux croûton, perte d’autonomie,
retombé en enfance…
Ténacité sénile d’un pépère troisième âge…
Enfance si chère qu’elle est toujours en liesse.
A tous ces mots grinçants, apport d’un héritage,
à la géronte caduque et dégénérescente,
j’affectionne plutôt la vioquerie transcendante.
A petits mots précieux, pour ne pas encombrer,
on dira cher ancêtre, patriarche, vieux routier.
J’honore la vieillesse, ou du moins l’appréhende,
car je suis à sa porte en princesse froissée
par des heurts si soudain et des bonheurs intenses
que nul ne saurait me faire escamoter.
Sillons de rides de mon allègre vie
où s’écoule une eau pure sur une terre de peau,
encore vermeille et lisse, baignée par tant de feux,
changeants en l’occurrence.
Nous ne sommes pas vieux,
nous sommes juste omniscients.
Équipés d’un savoir que le bel âge ignore.
Et pourtant la verdeur possède en elle l’Acquis
déjà rencontré sans ses anciennes vies.
Réjouissons-nous, nous sommes de passage.
Nos printemps reviendront, ainsi que nos outrages.
Notre nubilité, autant, fera le lit de l’âge.
Seulement, il est une chose que nous devons comprendre,
et ne nous trompons pas, car cela est étrange,
tant que nous n’aurons pas saisi nos archétypes,
nous reviendrons encore remettre le couvert.
Et danser sous la lune… et penser à l’envers.
© Clo Hamelin
