Puma : un regard différent sur le monde
Ce court recueil publié aux Éditions Tarmac est un paysage intérieur en mouvement, parfois déroutant, souvent marquant.
Dès la quatrième de couverture, une figure apparaît : Théodore, l’oncle, décrit comme schizophrène, habité par des visions, persuadé d’entendre des esprits et de voir Dieu, le diable, des anges. Mais très vite, le livre change notre regard. Ce qui pourrait être raconté de l’extérieur — la folie, la marginalité — devient ici une parole intérieure. Le texte ne parle pas de lui : il parle à travers lui.
Puma : on murmurerait ce mot tout bas.
Tous les humains le répéteraient, puis l’articuleraient en appuyant sur le a au moment de la photographie de groupe.
Il surgit de l’insomnie, d’une mémoire dé-saxée. Sais-tu, Puma, ce que sont devenues tes cordes vocales ? On les a jetées dans le feu. Cela te semble-t-il injuste ? Ou cela t’est-il égal ? Ton corps aussi dans le feu.
Tous les humains le répéteraient, puis l’articuleraient en appuyant sur le a au moment de la photographie de groupe.
Il surgit de l’insomnie, d’une mémoire dé-saxée. Sais-tu, Puma, ce que sont devenues tes cordes vocales ? On les a jetées dans le feu. Cela te semble-t-il injuste ? Ou cela t’est-il égal ? Ton corps aussi dans le feu.
L’écriture est fragmentée, poétique, dense. Elle ne cherche pas à expliquer, mais à faire ressentir. Les images surgissent, parfois brutales, parfois plus douces. Le langage suit une pensée qui déborde et qui ne respecte pas les règles habituelles.
On pourrait croire à un journal intime, tant la voix est proche et directe. Pourtant, rien ici n’est linéaire. Il n’y a pas de chronologie ni d’histoire construite. Ce sont des fragments, comme des morceaux de pensée, entre lucidité et confusion.
Certains passages évoquent des portes qui s’ouvrent sur l’infini puis se referment. La lecture fonctionne de la même façon : il y a des moments d’ouverture, puis des blocages, des élans et des chutes. Mais ici, la chute n’est pas une fin. Elle peut devenir un passage, voire un recommencement.
Retour au bercail. Les Gus et les Tatous défilent dans l’appartement. Ils m’ignorent et je me questionne sur la raison de leur pré-sence. Je comprends que nous, les humains, sommes loin, très loin d’une quelconque compréhension de la marche du monde. Petits ludions emprisonnés dans une bulle de savon.
Lillusion frappe à toutes les portes.
Cette idée de transformation traverse tout le recueil. Les limites entre l’humain, l’animal et le monde extérieur deviennent floues. L’identité change, se fragmente et se reconstruit.
La couverture, réalisée par Ramuntcho Matta, avec son visage déformé et coloré, correspond bien à l’ensemble. Elle ne montre pas la réalité telle qu’elle est, mais une manière différente de la percevoir.
Caroline Coppé, Puma, parution mars 2026, 80 pages, 15 €
Sophie Carmona