La piscine
On a tous connu ça.
Un mois d’août qui colle à la peau. Les amis qui sont partis. Les réseaux sociaux qui donnent envie de jeter son téléphone dans un étang. Et cette impression désagréable que le monde continue sans vous.
Mathias, lui, hérite en plus d’une piscine.
Quinze jours à passer seul dans la maison familiale pendant que ses parents profitent tranquillement de leur retraite. Une villa confortable. Un jardin. Un bassin turquoise. Sur le papier, cela ressemble presque à une publicité pour une assurance-vie.
Mais très vite, l’eau cesse d’être un simple décor et la solitude commence à prendre toute sa place.
Mathias s’ennuie. Il tente de combler le vide comme beaucoup d’entre nous : séries, réseaux sociaux, vidéos absurdes, souvenirs, appels téléphoniques. Rien n’y fait. Les autres semblent occupés à vivre pendant qu’il reste sur le bord du bassin à regarder l’eau.
Alors il s’y accroche.
À la qualité de l’eau.
Au pH.
Aux algues.
Aux insectes.
À tout ce qui lui donne encore l’illusion de maîtriser quelque chose.
Pendant que la piscine se dégrade, son équilibre intérieur semble suivre le même chemin.
L’étrangeté naît de presque rien. Une épuisette. Un barbecue. Une cave. Un agent immobilier un peu trop présent. Des pies qui jacassent. Des perruches. Une eau qui verdit.
Avec Jérôme Carbillet, les détails les plus ordinaires deviennent inquiétants.
Mathias est parfois agaçant. Souvent de mauvaise foi. Régulièrement ridicule. Mais il est aussi très drôle. Son regard ironique sur le monde moderne fait mouche plus d’une fois. Les vidéos qu’il regarde, les injonctions au bonheur, les discours de développement personnel, les relations humaines transformées en services à la demande : tout passe sous son scalpel.
Son humour est noir, grinçant, parfois féroce. Mais derrière les sarcasmes affleure quelque chose de plus fragile.
Une fatigue.
Une solitude.
L’impression de regarder les autres nager pendant qu’on reste accroché au bord.
Car que se passe-t-il réellement dans cette maison ? Que faut-il croire ? Que faut-il comprendre ? Le roman avance constamment sur cette ligne de crête où le réel, le symbole et l’imaginaire se confondent.
La piscine devient alors bien plus qu’une piscine.
Un refuge.
Un piège.
Un miroir.
Un réservoir de fantasmes, de souvenirs et d’angoisses.
Peut-être même un personnage à part entière.
— Mais il n’y a rien
— C’est ça, le film.
Mathias cherche un sens, une révélation, un événement capable de rompre le vide. Et ce qu’il découvre, c’est précisément ce vide.
Sous ses allures de récit estival décalé, La Piscine parle du vide, de l’ennui, de la solitude et de ces moments où l’on risque de se perdre dans ses propres pensées.
Désormais, je regarde les piscines avec davantage de méfiance.
Et je réponds un peu plus vite à mes appels.
Jérôme Carbillet, La Piscine, parution mai 2026, 46 pages, 12 €
Illustration de couverture : Eugène Shadko
https://www.tarmaceditions.com
Sophie Carmona
