MORDANT L’ÂME

Mordant l’âme

Pourquoi écrit-on ?

Et plus particulièrement de la poésie ?

On peut écrire pour raconter une histoire, activité aussi vieille que l’Humain. Du coin du feu, le soir, en groupe, à cette activité solitaire, écriture et lecture. Tel est le parcours.

Pourquoi écrit-on ? Pourquoi ce besoin de mettre les uns après les autres des mots, pour faire des phrases, des paragraphes : un récit (au sens large).

Il n’y a pas de réponse à cette question, ou bien mille et une réponses.

Mais cela est. Et on écrit et on lit.

J’ai reçu, il y a quelques jours, un petit livre de poèmes, de Sandra Defoy, Mordant l’âme. Beau petit livre de poèmes, de textes poétiques.

Et je me suis posé, encore, cette question : pourquoi écrit-on ? Quel est le besoin, urgent, immédiat, vital, d’écrire ? D’où vient ce besoin ?

Car je crois, fondamentalement, que l’on doit penser cette activité sous l’angle du besoin, de la nécessité.

Je sais que Sandra Defoy a commencé par écrire avant de lire, de devenir une grande lectrice. Elle a ressenti, un jour (ou peut-être une nuit) ce besoin, cette nécessité d’écrire cela :

On me crache dessus
Je ne suis pas une fille comme il faut
Je ne suis pas prude
Je ne suis pas maternelle
De la haine dans leurs yeux
Contre mes valeurs
Contre ma vie
Contre moi

Ou cela :

Je suis une saloperie de clichés

une saloperie de cœur brisé

une saloperie de femme blessée.

J’ai toujours mal putain.

Pourquoi écrit-on ? Puis nous donne-t-on à lire, nous donne-t-on en cadeau, en don ultime (sans contre-don), des mots, des lignes, des phrases, des vers …

Sandra Defoy écrit, dans cette nécessité. Elle n’écrit pas pour entrer dans le cercle de ceux qui écrivent,  pas chez elle de cet orgueil, mais un besoin, oui,  prégnant qui se sent à chaque vers.

De plus en plus, j’aime ces découvertes de lecture, ces rencontres, ces moments partagés. Et la poésie permet cela, car elle est un monde, par le langage.

On pourrait aussi gloser pendant des heures sur ce qu’est la poésie.

Pour moi, c’est assez simple : elle est un monde donné par le langage. On pense, je pense, bien sûr, à cette célèbre phrase de Wittgenstein : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde »   Phrase terrible quand on y pense, mais aussi phrase pleine d’espoir, de voir son monde devenir plus grand, plus beau, quand son langage augmente, s’ouvre, de déplie, se déploie.

La poésie, c’est ça, pour moi, agrandir mon monde par le langage, par la grammaire.

Il y a des limites, il n’y a pas de limite.

Ce monde est terrible. Ce monde est beau.

Le langage est terrible. Le langage est beau.

Le monde et le langage sont terribles. Le monde et le langage sont beaux.

Mordant l’âme, Sandra Defoy, Éditions Bleus dencre, 2025, 15.94 €

Mordant L’ame | Bleus dencre

©EMMANUEL REIGNIEZ

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