ÇA DÉPEND DES JOURS

bleu ça dépend des jours

Ça dépend des jours : la mémoire qui vacille

Dans Ça dépend des jours, Guillaume Dreidemie aborde la vieillesse, la perte de mémoire et les liens familiaux à travers une écriture d’une grande sobriété. Le livre suit la parole d’une femme âgée dont le rapport au temps, aux souvenirs et aux autres devient progressivement instable. Sans chercher à expliquer la maladie ni à construire un récit traditionnel, Guillaume Dreidemie s’attache plutôt à montrer une conscience qui vacille : les visages se mélangent, les époques se confondent et certains gestes du quotidien deviennent les derniers points d’ancrage dans le réel.

Publié chez La rumeur libre éditions, le texte avance par scènes brèves, souvenirs dispersés et paroles suspendues. Très vite, la question de la dépendance et du vieillissement s’impose. La figure centrale semble être celle d’une grand-mère vivant en institution, enfermée dans un temps devenu incertain. Une fille peut être prise pour une sœur, une mère disparue depuis longtemps paraît encore présente, et une simple visite devient un événement capable de bouleverser toute une journée.

L’auteru refuse le ton tragique ou sentimental souvent associé aux récits sur la maladie et la vieillesse. Son écriture reste discrète, retenue, presque silencieuse. À la place des grandes déclarations, le livre s’attarde sur des détails très simples : une paire de chaussures qu’on aide à enfiler, une voix dans un couloir, une attente devant une porte, un prénom répété comme pour empêcher son effacement. Cette attention au quotidien donne au texte une force particulière.

Le titre lui-même résume parfaitement l’expérience racontée. Ça dépend des jours traduit une existence où tout varie continuellement. Certains jours, les souvenirs reviennent et les visages redeviennent familiers. D’autres fois, tout se brouille. Le temps cesse alors d’être linéaire. Le passé surgit au milieu du présent, l’enfance réapparaît dans une chambre médicalisée et les morts semblent parfois plus proches que les vivants.

Le livre pose ainsi une question essentielle : que reste-t-il d’une personne lorsque la mémoire commence à disparaître ?

Guillaume Dreidemie ne réduit jamais son personnage à la maladie. Même lorsque le langage hésite et que les repères s’effacent, quelque chose continue de résister : une sensibilité, des émotions anciennes ou une manière d’être au monde. La mémoire se fragilise, mais la présence humaine demeure.

Cette présence passe souvent par le corps et par les habitudes les plus ordinaires. Attendre quelqu’un, écouter une voix familière, regarder une fenêtre ou préparer une visite deviennent des gestes essentiels. Là où les souvenirs précis disparaissent, certaines sensations semblent encore intactes. Le corps garde parfois ce que l’esprit ne parvient plus à retenir.

Le texte propose également une réflexion discrète sur le regard porté sur les personnes âgées dépendantes. Dans beaucoup de récits, la vieillesse apparaît uniquement comme une perte. Guillaume Dreidemie montre au contraire une vie intérieure encore active, même dans la confusion. Les souvenirs se déforment, les phrases se brisent, mais le besoin d’affection, de présence et de reconnaissance reste profondément vivant.

L’écriture accompagne cet effacement progressif. Les phrases sont courtes, aérées, parfois réduites à quelques mots. Les silences prennent autant d’importance que les phrases elles-mêmes. Cette simplicité crée une atmosphère fragile, presque flottante, qui correspond parfaitement à l’état intérieur du personnage.

Avec Ça dépend des jours, Guillaume Dreidemie propose ainsi un texte consacré à la mémoire, au vieillissement et à ce qui continue d’exister lorsque les repères disparaissent peu à peu. Plus qu’un recueil sur Alzheimer, il s’agit d’une méditation sur la fragilité des êtres et sur les liens qui subsistent même lorsque le monde devient incertain.

Guillaume Dreidemie, Ça dépend des jours, Dreidemie Guillaume – la rumeur libre EDITIONS , avril 2026, 84p., 17 €

Sophie Carmona

Mai 2026

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