« L’avantage de la navigation, c’est qu’elle berce à l’infini tous ceux qui s’abandonnent à elle. »
Scélérate a du bleu au fond des yeux.
Essentiel, émouvant, ce roman pétri d’humanité est d’une force sidérante.
La supériorité d’une lecture qui excelle de sentiments et de délicatesse.
C’est une ode à la mer-mère.
Françoise a soixante-dix-sept ans, déterminée, réfléchie, frêle, elle a en elle beaucoup de complétude et de ciel.
Elle sait l’urgence de ses pensées et de ses actions.
Veuve, « elle remonte en sens inverse, faire des lundis des dimanches.
Sa manière à elle d’entrer en résistance, libre de choisir jusqu’au bout. »
Elle est une navigatrice aguerrie.
Son voilier « Maurice » est un protagoniste à part entière. Dans sa tombée du jour, elle décide de traverser l’Atlantique.
Entre Madère et la Martinique, « Françoise a la bienveillance des personnes dont la vie a été si riche que le temps à venir appartient aux autres, résidu offert à tempérament et sans limite. »
Les vagues, le vaste de l’horizon, la maestria dans la gloire maritime.
La mer, en filigrane, qui conjugue dans « Scélérate », la rédemption en advenir.
Ce roman happe, fait pleurer, virtuose et immense de beauté intérieure.
Elle désire faire ce voyage avec Martin, son fils unique.
Un cinquantenaire, dessinateur côté ville.
Cet homme dans le mitan de sa vie, est en quête existentielle. Il ne le sait pas.
Il est désenchanté. Posé, calme, il inspire la complétude.
Une aura olympienne, un contrôle de lui-même sans faille, qui rassure et rend la trame lumineuse, car attentive.
Sur le voilier, Cécile, trente ans.
Paumée, en proie aux tragédies toxiques, ce périple en mer doit la sauver.
C’est un pacte entre Marie, la sœur de Cécile et Martin son collègue et ami.
« Je te promets une jolie rencontre, Martin c’est une belle personne, avait dit Marie. »
Le huis clos sur le voilier est l’empreinte de la connaissance et de la concorde.
Le triptyque va s’apprivoiser, se cadencer. Telle l’ancre d’un bateau, apprendre et retenir les mots essentiels.
Les regards d’une mère pour son fils.
« Elle veut continuer à butiner ce qu’elle peut avant que les mots ne viennent enfermer Martin. »
« On parle mal de soi. »
Fascinant dans sa gestuelle d’une écriture qui emprunte à la mer, le vocabulaire d’excellence.
L’océan, ici, spécule, attend son heure.
Une mère retient encore le cantique maternel.
Un fils attend la réponse. L’acuité d’un amour filial.
Cécile est en mutation grandissante.
Les liens ici, sont des maillons qui dépassent l’entendu.
La grâce et la pudeur, le chant de la vague, et le murmure du lointain.
Françoise, héroïne, dans sa plus vive capacité de résistance.
Son corps qui résonne, d’embruns et de ressacs, faible, touché par la finitude.
Trois, ils sont trois.
David Vanek est dans l’épicentre d’une vague qui enfle, cogne et surprend, si douée et expressive.
« Comment fait-elle pour toujours mener le combat ? Ne jamais baisser la garde. Ne jamais refuser l’obstacle. Qui a séché ses larmes avant, à l’époque des couteaux à pain qui tranchent des brioches parfumées. »
On aime ce microcosme. Cette lumière qui se diffuse sur une narration marine, charnelle, dans le frôlement de l’exutoire.
La décence et ce regard doux sur Cécile.
« Elle en a vu d’autres. Pas son équipage. Martin, elle peut compter sur lui.
Mais la petite. Elle devra la préparer, mais pas ce soir. »
Dix jours en mer, jusqu’à l’ultime.
Cette traversée atlantique est une ode d’embruns et de résilience.
La renaissance dans l’orée d’un océan salvateur.
Ce périple empreint de filiation gagnante, d’une mère avec son fils, s’éternise dans cet après.
Plus rien pour ce fils ne sera comme avant.
L’exploration des intériorités. Des lames de fond révélatrices.
Un voilier qui accueille ces êtres abîmés.
Le savait-il Maurice que l’ultime officiait ?
Ce roman vertigineux, dont la trame spécule et laisse les vagues effleurer subrepticement l’exutoire.
Les secrets dans les profondeurs maritimes, autant de forces pour contrer Maurice.
Scélérate est l’alliage des éléments avec des personnages dont la réalité sublime la fiction.
Un premier roman digne du génie littéraire.
L’épopée qui enfante le réel en pleine lucidité.
L’apothéose d’un roman sublime qui œuvre en générosité.
Le panthéon littéraire.
David Vanek offre aux lecteurs et aux lectrices la pleine mère-mer. Et c’est beau.
Comme le disent si bien les majeures Éditions Élysande, « car la mer, chez lui, c’est une langue maternelle. »
David Vanek, Scélérate, Collection Blanche, Édition Élysande, 260 p., 19.90€
Parution août 2026
Scélérate – – David Vanek (EAN13 : 9782487898608) | Élysande éditions
©Evlyne Leraut
