SOUS LES CYPRÈS EN PLEURS

Quand la poésie iranienne se dresse contre la mort

Avec Sous les cyprès en pleurs – Quarante voix iraniennes, les Éditions des Utopies publient une anthologie bouleversante où la poésie devient un acte de résistance. Né de la campagne « Poésie pour la vie contre la peine de mort », ce recueil rassemble des voix iraniennes unies par une même urgence : défendre la vie face à la violence d’État.

Le livre s’ouvre sous le signe de trois mots simples et immenses : poésie, vie, liberté. Ici, le poème n’est pas un refuge hors du monde, mais une manière de l’affronter. Les textes évoquent les prisons, les mères endeuillées, les dernières rencontres, les cordes, les corps, les noms effacés. Mais ils portent aussi une force de mémoire et de dignité : chaque poème refuse que la mort imposée devienne silence.

Masoud Niczadi

Non —

Non à la dernière rencontre derrière le verre,

Non au sourire avant le poteau,

Non à la tombe anonyme

sur laquelle

une mère

ira pleurer mille fois.

La singularité du recueil tient à sa polyphonie. Les quarante poètes ne parlent pas d’une seule voix uniforme ; ils composent au contraire un chœur traversé par la colère, le deuil, la tendresse, l’effroi et l’espoir. Certains poèmes nomment directement la peine capitale, d’autres passent par l’image, le symbole, la métaphore : l’arbre qui refuse de devenir gibet, les nombres qui comptent les morts, la mère qui attend derrière une vitre, la langue elle-même blessée par l’exécution.

Cette anthologie rappelle que la poésie peut encore agir. Non pas en remplaçant le combat politique, mais en lui donnant une mémoire sensible, une profondeur humaine. Elle rend aux condamnés leur nom, leur visage, leur histoire. Elle transforme la douleur individuelle en parole collective.

Sous les cyprès en pleurs est ainsi bien plus qu’un recueil de poésie contemporaine : c’est un livre de veille, de deuil et d’insoumission. Un livre qui affirme, contre les politiques de mort, que la vie demeure une valeur éthique, sociale et universelle. À travers sa publication en français, ces voix franchissent les frontières et rejoignent le dialogue mondial pour l’abolition de la peine de mort.

Dans ces pages, la poésie ne console pas seulement : elle accuse, elle témoigne, elle résiste. Et surtout, elle maintient ouverte la possibilité d’un monde où la justice ne se confondrait plus avec la corde.

À la fin de l’anthologie, l’éditeur, Julian Paillassa fait le choix de laisser une page blanche.

En regard de cette page, un fragment vierge, en mémoire et hommage aux auteurs et poètes tués pour des mots, des idées ; et cette absence élégiaque de l’écho des voix que nous pensions publier.

Anthologie établie par Atefeh Chaharmahalian, Mahtab Ghorbani, et Julian Paillassa, Sous les cyprès en pleurs – Quarante voix iraniennes, les Éditions des Utopies,

Éditions des Utopies

Sophie Carmona

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