Se définir à travers l’écriture, s’appréhender, se connaitre, se saisir. Mathieu Simonet est l’auteur de plusieurs romans qui ont cette singularité d’être principalement autobiographiques. Utiliser l’intime pour toucher une forme d’universalité par les mots, lui que l’écriture berce depuis l’enfance. Une manière d’exister.
Dans son dernier roman, publié aux Éditions Philippe Rey, l’ancien avocat relate sa relation avec Benoît et les quinze années qui ont façonné leur vie commune. La rendre concrète, palpable, immortelle. En tentant d’écrire son amoureux, il lui redonne un corps, chaud et vivant. La parole de celui-ci jalonne, par ailleurs, le roman. Par petites touches, des définitions personnelles, comme des anecdotes, viennent le ponctuer, lui offrir un rythme. L’auteur offre alors une place de choix pour le mélomane qu’était son mari. De plus, les courts et nombreux chapitres qui le composent donnent aux lecteurs la musicalité du cœur. Le rythme du pouls qui tape jusqu’à la dernière page. Quelques dates par-ci, et d’autres par-là, quelques éléments temporels en désordre, sans chronologie, comme brouillée par des larmes avalées, un regard embrumé, permettent aux lecteurs de s’approprier son histoire, d’entrevoir l’absence.
Par conséquent, lire Le grain de beauté, c’est toucher du regard le corps d’un autre, la chair mutilée, malade, puis guérie, rafistolée et froide. C’est faire le chemin du deuil avec la distance de l’inconnu qui voit. C’est suivre la colère, la frustration, la négociation et l’acceptation de celui qui reste, de celui qui vit avec cette sensation de mort qui le nécrose par l’intérieur, d’abord par le cœur.
« Je crois que chaque étape du deuil est plus longue que la précédente.
La première (celle des « psychotropes ») a duré trente-deux jours.
La deuxième (celle des « somnifères »), deux mois.
La troisième (celle des « antidépresseurs »), un semestre.
Et la quatrième (que je ne sais pas encore définir) se poursuit sur plus d’un an. Elle a commencé quand j’ai emménagé rue Pelleport, lorsque je me suis « mis en mouvement ». Depuis, elle s’éternise. »[1]
Lire Le grain de beauté, c’est pénétrer, en y étant invité, dans l’intimité de Benoît à travers Mathieu. C’est comprendre la part d’inaccessible, saisir ce qui échappe. C’est un rapport au corps. Ce sont des complexes, des doutes, des désirs, des rencontres, des envies, des choses inachevées.
Lire Le grain de beauté, c’est mettre un pied dans les services de santé avec leurs absurdités administratives et la chaleur d’un accompagnement en option.
« À sa sortie, il apprend que sa mutuelle ne prend pas en charge son hospitalisation : d’un point de vue juridique, sa reconstruction plastique du sexe relèverait davantage de la chirurgie esthétique que d’un réel besoin médical. »[2]
Lire Le grain de beauté, c’est accepter de croire. Ce truc auquel on s’accroche et que l’on voit partout à travers des signes qui deviennent alors omniprésents, dans des évènements aussi insignifiants que la perte d’une carte d’identité, un passeport périmé depuis quelques jours, un début de date gravé sur une plaque mortuaire, ou un testament rédigé trop tôt. Les signes comme la présence de celui qui n’est plus, aussi violents que réconfortants.
Lire Le grain de beauté, c’est finalement prendre place aux cotés de l’auteur dans la poursuite de sa quête d’identité, en traçant les contours d’une vie menée à tâtons, avec prudence tel un reportage en cours de réalisation. Une vie que l’on documente et que l’on cherche. C’est sentir la fragilité du quotidien. C’est retenir sa respiration et rester suspendu à son apnée pour entendre les battements du livre qui finiront par ce silence.
©DAVID VALENTIN
Le grain de beauté, Mathieu SIMONET, Éditions Phillipe Rey. 352 pages. 22 euros.
Date de publication : 08 janvier 2026
[1] SIMONET Mathieu, Le grain de beauté, Éditions Phillipe Rey. Page 223
[2] Ibid. Page186
